fbpx
Kapt Media
Society

Report de l’affaire Nestor Nga Etoga, un journaliste camerounais en attente d’un procès

Dans une énième affaire de justice différée, le journaliste Nestor Nga Etoga s’est présenté au tribunal pour la 94e fois pour faire face à un procès intenté en 2016 par une société forestière privée qui l’accuse de diffamation et d’extorsion.

Dans un communiqué, Reporters sans frontières (RSF) dénonce le harcèlement judiciaire dont fait l’objet depuis cinq ans le journaliste camerounais Nestor Nga Etoga de la société forestière FIPCAM, qui avait enquêté sur certaines de ses pratiques. RSF appelle l’entreprise et la justice camerounaise à mettre fin à l’utilisation de procédures judiciaires pour tenter de faire taire ce journaliste.

Depuis 2016, Etoga, qui est rédacteur en chef de l’hebdomadaire Le Renard, rédacteur principal du site internet Les Scoops d’Afrique et reporter pour d’autres sites d’information, a dû parcourir plus de 10 000 km et dépenser environ 30 000 euros en frais de justice et de déplacement à la suite des poursuites engagées par FIPCAM, spécialisée dans l’abattage des forêts tropicales du Cameroun.

En comparaissant hier au tribunal pour la 94e fois, l’audience de l’affaire a été une nouvelle fois reportée. Depuis le 24 novembre 2016, date du premier procès, il doit continuer à parcourir les 270 km qui séparent les villes de Douala et de Mfou pour assister aux audiences de trois procès intentés contre lui.

En septembre 2015, Etoga a confronté les dirigeants de FIPCAM à des documents qu’il avait obtenus et qui suggéraient que l’entreprise s’était rendue coupable d’infractions forestières, de corruption et de violation des droits des employés.

Pourtant, Etoga a raconté à RSF qu’un cadre de FIPCAM a tenté sans succès de le dissuader de poursuivre son enquête et lui a même proposé de l’argent et la possibilité de faire du travail de relations publiques pour l’entreprise. Il a même proposé de l’argent et la possibilité de faire des relations publiques pour la société. Etoga a poursuivi ses recherches et a écrit plusieurs articles critiquant les pratiques de FIPCAM, si bien que FIPCAM a déposé plusieurs plaintes l’accusant de mener une « campagne de diffamation » contre la société et son PDG.

Suite à ces accusations, Etoga a été arrêté et détenu pendant plusieurs heures en octobre 2016. Il a été acquitté le 3 février 2017 dans une première affaire de diffamation pénale qui a été renvoyée devant une cour d’appel de Douala. Deux autres procédures ont entre-temps été engagées contre lui, l’une pour diffamation et l’autre pour « chantage et complicité de chantage. »

Au moment où RSF a tenté d’interroger FIPCAM sur ces accusations, la société a répondu qu’elle fournirait l’information aux autorités judiciaires « au moment opportun » et que la raison de toutes ces nombreuses audiences était une question « à poser aux tribunaux. »

« Toutes ces procédures judiciaires dans différentes villes depuis plus de cinq ans ont clairement pour but d’épuiser psychologiquement et financièrement ce journaliste, a déclaré Arnaud Froger, le responsable du bureau Afrique de RSF. « Nous condamnons fermement le recours à des poursuites judiciaires systématiques dans le but de dissuader les journalistes d’enquêter. Le système judiciaire camerounais est également en partie responsable. Des poursuites ordinaires ne devraient pas donner lieu à des débats juridiques interminables et à d’innombrables audiences. Ce traitement judiciaire facilite la stratégie consistant à utiliser les poursuites judiciaires pour intimider et bâillonner les journalistes. »

De plus, plusieurs anciens employés de FIPCAM contactés par RSF ont critiqué les conditions de travail au sein de l’entreprise, corroborant les propos d’Etoga. Dans une lettre ouverte adressée au président camerounais Paul Biya en avril 2019, leur porte-parole a demandé une enquête sur les activités de FIPCAM et a déclaré qu’ils avaient fourni aux assistants de Biya des preuves de « foresterie illégale », de « fraude fiscale » et de « corruption. »

La couverture des enquêtes est extrêmement difficile au Cameroun, où les médias s’autocensurent dans une large mesure, en particulier sur les sujets sensibles. Les procès bâillons, le harcèlement judiciaire, les procédures devant les tribunaux spéciaux et les tribunaux militaires font également partie de l’arsenal utilisé pour réduire les journalistes au silence.

On peut citer Amadou Vamoulké, ancien directeur général de la CRTV, la radio-télévision publique camerounaise, qui est en détention provisoire depuis près de cinq ans. Le journaliste camerounais Amadou Vamoulké comparaît aujourd’hui pour la 73ᵉ fois devant le tribunal criminel spécial de Yaoundé, ce qui constitue un record pour un journaliste camerounais.

Related posts

BRI : Un élan et une stabilité pour l’Afrique francophone

Franklin NIMPA

Cameroun – Bana : Le point sur les chutes de neige dans cette localité – un aperçu de ce qui s’est passé

Franklin NIMPA

Cameroun : Quatre hommes condamnés à mort pour une fusillade dans une école

Franklin NIMPA

Somalie : Une voiture piégée visant un convoi tue au moins 8 personnes

Franklin NIMPA

Koutaba, une commune qui se construit aussi dans la concertation

marie Lisette Zogo

Cameroun : Le gouvernement prend des mesures pour faire face aux coupures d’électricité

Franklin NIMPA

Leave a Comment