fbpx
Kapt Media
Society

Cameroun : Amadou Vamoulké termine ses cinq années de détention « provisoire »

Reporters sans frontières (RSF) dénonce le scandaleux complot judiciaire contre Amadou Vamoulké, un journaliste camerounais qui a achevé hier sa cinquième année de détention « provisoire » alors qu’un tribunal continue de faire traîner son procès.

Le tribunal a ajourné le procès pour la 74e fois, cinquième anniversaire de l’arrestation de Vamoulké en 2016 sur la base d’une accusation absurde pour laquelle il n’existe aucune preuve solide. Il est accusé d’avoir détourné des millions d’euros de fonds publics au profit de la CRTV, la radio et télévision publique qu’il a dirigée de 2005 à 2016.

L’accusation s’est appuyée sur un seul témoin, un comptable, sans se tourner vers des cabinets comptables alternatifs, bien que le comptable ait été complètement discrédité par la défense pour divers motifs, notamment ses honoraires exorbitants, des retards records dans la production des rapports, la création d’une fausse ligne comptable dans le but d’incriminer Vamoulké et le fait qu’un tribunal ait fermé ses cabinets comptables en France pour « insuffisance d’actifs. »

En 2018, le conseil d’administration de la CRTV a résilié le contrat du cabinet de cet expert-comptable pour « non-respect des règles déontologiques. » Bien que le ministère des Finances soit représenté au conseil d’administration de la CRTV qui a licencié l’expert-comptable, il s’est inscrit comme partie civile dans le procès de Vamoulké, dans un exemple de plus de la nature douteuse du dossier monté contre lui. Et les avocats de Vamoulké signalent que ce comptable travaille régulièrement pour le ministère des finances, dans un conflit d’intérêts apparent.

« Plus le procès se prolonge, plus il apparaît qu’il est dépourvu de tout fondement et plus il s’enlise. La détention de ce journaliste n’a rien de provisoire. Après cinq ans de prison sans raison valable, Amadou Vamoulké a déjà purgé une peine sans être jugé. Cette diabolique machination judiciaire est révoltante. Elle fait honte à l’ensemble de l’appareil judiciaire camerounais et aux plus hautes autorités politiques du pays, qui n’ont rien fait pour y mettre fin. »

Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF

Le procès de Vamoulké se poursuit en l’absence de toute base légale. Le code pénal camerounais limite la détention provisoire à 18 mois, tandis que la loi créant le tribunal pénal spécial qui le juge précise que ses procès doivent être achevés dans un délai de neuf mois.

Saisi de l’affaire par RSF en 2019, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a conclu en juin 2020 que « les violations du droit à une procédure régulière sont d’une gravité telle qu’elles confèrent un caractère arbitraire à la détention de M. Vamoulké. » Appelant à sa libération, l’organe onusien s’est également dit « profondément préoccupé » par la « gravité » de son état physique.

La persécution judiciaire a été aggravée par la menace qui pèse sur la santé de Vamoulké. Il y a deux ans, on lui a diagnostiqué une maladie neurologique, mais il n’a jamais pu subir les examens ou recevoir les traitements appropriés. Aujourd’hui âgé de 71 ans, le journaliste malade aurait dû au moins bénéficier d’une libération provisoire après le début de la pandémie de Covid-19, d’autant que plusieurs de ses codétenus ont contracté le virus.

Le Cameroun a perdu une place dans le classement mondial de la liberté de la presse 2021 de RSF et est désormais classé 135e sur 180 pays.

Related posts

Cameroun : Le gouvernement exhorte les civils à ne pas fuir après un attentat commis par des séparatistes

Franklin NIMPA

Burkina Faso: Attaque meurtrière et évasion de plusieurs prisonniers  

Armense Nya

États-Unis : Deux morts lors d’une fusillade dans une église  

Armense Nya

Allemagne: Tuerie dans une clinique pour handicapés

marie Lisette Zogo

Cameroun : Quatorze ouvriers routiers enlevés dans une zone de conflit au Nord-Ouest

Franklin NIMPA

Douala : Six enfants brûlés dans un incendie

Franklin NIMPA

Leave a Comment